Aujourd’hui en France, le malaise politique

L’abstentionnisme est maintenant devenu le « premier parti » de France. Les extrêmes font des scores de plus en plus importants en Europe, tout comme l’attestent les résultats récents du premier tour de la présidentielle dans notre pays. Les affaires sur les politiciens ont fleuri, nous retrouvons une jeunesse désintéressée, se sentant trahie ou oubliée par cette politique. Le bureau de vote ne paraît plus être le passage obligé de la démocratie actuelle, la vague populiste surplombe notre avenir. Retour sur les symptômes d’un grand fléau politique, un véritable coup de tonnerre symbole d’un système en fin de cycle.

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Le vote, un geste de moins en moins symbolique

Une fin annoncée ?

22%, 28%, 16% et 21%. Ce sont les taux d’abstentions respectifs des élections présidentielles 1995, 2002, 2007 et 2012. Aujourd’hui, les sondages ont eu raison, ce nombre atteint 22%. Et parmi ces abstentionnistes, nous trouvons des jeunes comme des personnes âgées, issues des classes moyennes, populaires ou de confort. Alors pourquoi le français ne vote t-il plus ?

Avant le premier tour des élections présidentielles, nous sommes allés à la rencontre de jeunes concernés et les avis sont pour le moins mitigés, « voter, cela ne sert à rien » indique Léo, un lycéen de 18 ans, ajoutant que le nombre d’affaires concernant les candidats l’ont « dégoûté de voter » et que cette année, s’il vote « ce serait pour l’abstention » avec un certain trait d’humour. Pierre-Luc, quant à lui, a expliqué qu’il ne s’est pas déplacé le 23 avril, trouvant que « le système politique français, ainsi que les candidatures pour la présidentielle ne sont pas très attrayants ».

Simple mode ou réel phénomène de société, l’abstention est la plus nette représentation d’un mécontentement de la politique. Mais alors quelles sont les raisons de ce désamour ?

Le vote blanc, un vote inutile

« Voter blanc, cela ne sert à rien, à la fin, il y aura toujours un candidat » soutenait Martin qui, lui, comptait bien aller voter aux présidentielles. « Autant ne pas se déplacer…surtout pour une farce pareille » ajoutait Thomas.

Sur le domaine du symbolique, le vote blanc paraît comme l’alternative la plus évidente lorsque l’on veut exprimer son mécontentement. Mais ce sont bien les chiffres qui priment dans la tête des abstentionnistes. En effet, le vote blanc n’est pas reconnu – en tout cas, pour les élections présidentielles.

Projet de loi présent sur un bon nombre de programme de candidats à la présidentielle, le vote blanc, et qui plus est, reconnue, n’est pas d’actualité. La mode de la symbolique serait donc passé ? La faute à la législation actuelle ? Mais il est à noter que ce cas est loin d’être une généralisation.

En effet, les mots « responsabilité » et « civisme » sortent tout naturellement de la bouche de Mathieu, 18 ans, qui tenait à se déplacer jusqu’à son bureau de vote désigné. Yanis a fait également le même chemin le dimanche du premier tour, l’interrogé a voté avec un certain respect pour ce geste aussi simple que symbolique : « Il y a des gens qui se sont battus pour ce droit. Mais cela ne veut pas dire que je suis pour la démocratie dans son intégralité et son système actuel« . L’invective est explicite ; le vote, c’est la traduction physique de l’expression du peuple.

« La politique, c’est un truc de vieux ! »

 

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Des cartes électorales de plus en plus vierges

« S’il n’y avait pas de réseaux sociaux comme YouTube, je n’aurais jamais su à quoi ressemblaient les candidats« . Voilà ce que nous a indiqué Alexis, un tout jeune majeur. Simple flemmardise, ou complexité des procédures administratives ? Élément de réponse avec Juliette, 19 ans, qui nous a simplement dit qu’elle ne voterait pas « car elle ne connaît pas et ne comprend pas la politique« . Iliece, 19 ans, partage la même opinion en disant qu’il n’ira pas aux urnes car « il ne s’intéresse pas suffisamment à la politique » en ajoutant humblement qu’il « trouve tout de même important de voter ».

Il est certain qu’une distance s’est installée entre la politique et la jeunesse. Loin de la réflexion stéréotypée disant que les jeunes ne se sentent plus concernés par l’activité politique du pays, les adjectifs sont nombreux et les avis sont tranchés à propos de la politique : inaccessible, compliquée, inintéressante.

La proximité appelle à l’intéressement. Depuis toujours, les élections politiques auxquelles les français participent le plus sont bel et bien les élections…municipales. Ce sont elles qui représentent le mieux la politique selon les citoyens et ce sont elles qui apporteraient réellement « un poids » dans la vie d’un français.

Mais ce désengagement électoral n’est pas qu’une histoire de jeunesse. Bien que des procédures ont été entreprises sur le plan administratif afin de faciliter l’accès factuel de la politique aux jeunes, ces derniers ne se sentent pas mis en avant dans de nombreux programmes. Le politique n’est plus « le proche » tant espéré de la population.

La faute à qui ?

Intéressons-nous à l’image d’un homme politique. Le politique est-il forcément vieux ? Non, disons plutôt « dans la force de l’âge » en regardant les chiffres. En effet, la moyenne d’âge au Sénat est de 65 ans, à l’Assemblée nationale, elle est de 55 ans, l’âge moyen d’un président de la Vème République (lors de l’élection de son premier mandat s’il y en a plusieurs) est de 59 ans.

Les hommes politiques cumulent leurs mandats, c’est un fait. Derrière des propositions de lois intéressantes afin de renouveler la classe politique, comme proposer la possibilité d’être élu à l’âge de 18 ans, se cachent en effet des lois aberrantes. L’interdiction du renouvellement et du cumul des mandats sont des propositions phares des candidats à la présidentielle, mais ce n’est pas nouveau. En effet, l’Assemblée nationale a proposé de nombreuses fois l’interdiction du cumul des mandats en ce qui concerne les sénateurs mais le Sénat a le droit de véto sur toutes lois qui le concernent. De plus, cette institution aux tendances assez conservatrices, a un système d’élection qui fait un peu tâche (« à l’américaine », avec des grands électeurs) au sein d’un pays qui se dit entièrement démocratique et régis par le suffrage universel direct.

Mais le Sénat n’est pas l’exception dans le système politique français. Les députés aussi sont concernés par ces fonctions qui durent souvent des dizaines d’années. Et une fois à l’intérieur des partis, la bataille est également féroce pour les petits nouveaux de la politique qui se heurtent à un plafond de verre face aux grands patrons et aux vieux éléphants des partis.

Renouveler la classe politique française…une porte ouverte pour l’avenir ?

« Selon moi, leur discours est creux, j’ai 55 ans, j’ai pris le temps d’aller voter et je trouve que lorsqu’ils sont au pouvoir, rien ne change. Ce sont des candidats stéréotypés » indique froidement Gabrielle, une habituée des bureaux de vote depuis plus de 30 ans.

De la mauvaise foi ou un réel problème de fond, que vient de soulever l’interrogée ? Si nous prenons pour référence la seule Vème République, c’est bien le modèle de l’alternance qui prédomine, avec d’un côté le parti majoritaire de droite, et de l’autre, celui de gauche. On peut croire alors à un désenchantement des électeurs, sentiment partagé entre votants et non-votants, causé par les échecs politiques successifs de mandats antérieurs face à des problématiques importantes comme le chômage et les périodes de crises.

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Les affaires, scandales venant entacher la campagne

Aujourd’hui, en période post-électorale, un bilan peut être dressé et le constat est clair : la campagne présidentielle a été placée sous le signe des affaires et autres casseroles en tout genre. Venant entacher le réel débat de fond, ces scandales favorisent grandement le scepticisme des électeurs envers la caste politique dans sa globalité. « Tous pourris« , « de vraies voleurs« , sont des remarques qui ressortent lorsque l’on interroge des jeunes à propos des candidats à la présidentielle. Éloignant le débat, défavorisant d’autres candidats non concernés par ces affaires, ces scandales sont l’un des facteurs contemporains de l’abstentionnisme.

Vivent-ils dans le même monde ? Un monde dans lequel le prix du ticket de métro est à 4 euros, celui d’un pain au chocolat à 15 centimes ?

La question mérite d’être posée : est-ce qu’un homme politique qui est en décalage avec la réalité peut faire de la politique avec le monde réel ? Le mélange paraît être difficile à croire. Cela favoriserait le scepticisme des électeurs envers la classe politique. Encore une raison pour un renouvellement politique. Vieux, désintéressé et désintéressant, avec des mains trempées dans les affaires. Voici le parfait portrait du candidat que soutiendrait l’abstentionniste ou, tout simplement, le dégoûté de la politique.

Et demain ?

Les partis traditionnels ont connu un échec historique au soir de ce 23 avril. Au bord de l’implosion actuellement, le Parti Socialiste et Les Républicains cherchent à se reconstruire. Une difficile mission, une démarche obligée pour relever la tête hors de l’eau et prendre une bouffée d’air pour les législatives.

Nous sommes allés à la rencontre de Maxime Verner, un jeune engagé, ayant fondé son mouvement « Masse Critique » se proclamant « porte-voix de la jeunesse » et soutenant la cause de l’abstentionnisme à dimension politique, allant jusqu’à se présenter en tant que candidat aux présidentielles en 2012 et en 2017.

 

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Maxime Verner, le jeune renouveau politique

« Le vote blanc participe à faire penser que les politiques sont légitimes. Il n’y a que deux chiffres qui intéressent les gens : le score du gagnant et le taux d’abstention », explique le jeune engagé, avant d’ajouter que « s’abstenir – malheureusement – cela devient politique et permet de démontrer que l’offre politique actuelle, celle des grands partis malgré les millions qui leurs sont donnés, ne nous correspond plus, et proposer à travers ce geste, pourquoi pas, une nouvelle manière de gouverner, plus participative. Les hommes politiques ne font pas de la politique, tout cela ce sont des affaires, du clientélisme. »

Terriblement d’actualité, Maxime Verner nous dresse un portrait de la campagne : « Les français répondent à un appel de personnalité, de positionnement et d’exposition médiatique des candidats aux l’élections. Il y a une évènementialisation de la politique, avec plus de marketing que de politique. L’enjeu est là, on est dans une vie politique où ce sont des moyens de start-ups qui permettent de l’emporter, et c’est pitoyable. »

Sur tous ceux que nous avons interrogé, un bon nombre n’ira pas voter dimanche. « Ce n’est pas réconcilier les jeunes et la politique, c’est réconcilier les jeunes et leur avenir, la capacité à le prendre en main et à ne pas attendre que la politique actuelle règle les problème puisque c’est à nous de les régler collectivement » répond M. Verner en précisant que « ce n’est pas les jeunes et la caste politique, mais terriblement les jeunes et LA politique. »

Demain, la lutte continuera, c’est ce que veut nous faire comprendre Maxime Verner qui affiche son enthousiasme à travers ses futurs combats : « des films, des romans, écrire, faire des conférences, donner des cours à des gamins, créer une université populaire en ligne : faire de la politique à une autre échelle, différemment, en donnant ce que j’ai de meilleur – mon imaginaire, mon expérience, ma passion, ma conviction et mon histoire. »

La situation est explicite : nous nous trouvons en plein tournant démocratique. Le « vote de conviction » a été remplacé par le « vote utile », les hommes politiques ne convainquent plus, ne se trouvent plus dans la réalité de la situation, une majorité de français est indignée. Mais dans cet élan de pessimisme, de nouvelles voix s’élèvent porteuses d’espoirs synonymes de « civisme et de citoyenneté », de démocratie participative et de « devoir politique ». Des mouvements nouveaux naissent, comme #MaVoix, un mouvement qui met au cœur la démocratie au sens propre et noble du terme. Une politique autrement, la solution?

Et pourtant des solutions de nombreuses solutions ont été envisagées dans les programmes des candidats pour réactiver la démocratie : un 49.3 citoyen pour Hamon, la mise en place de « la proportionnelle » pour Le Pen; pour renouveler une institution qui s’embourbe dans son propre jeu : suppression du Sénat pour Mélenchon, déprofessionnalisation de la classe politique selon Poutou, ou encore l’exercice à plein temps du mandat pour Cheminade; installer une véritable éthique politique : le casier judiciaire vierge selon Dupont-Aignan, ou encore la diminution de l’indemnisation des élus pour Arthaud; jusqu’à même la transparence renforcée pour la confiance : un contrôle renforcé des hauts fonctionnaires reconvertis dans le secteur privé pour Macron, une grande réforme en accord avec des hauts-placés de la justice concernant la moralisation de la vie politique selon Fillon; arrêter avec le « dictat » des partis : la fin de financements des partis politiques de la part d’entreprises/institutions extérieures proposait Asselineau ;  et pourquoi pas pour renouer le politique avec la réalité : « la visite » des banlieues et des campagnes imposée par Lassalle.

Des moyens, nous en avons, nous en avons eu, encore faudrait-il les appliquer. Cependant, nous nous trouvons dans une situation tout à fait inédite dans l’Histoire de la République, où une nouvelle politique et un nouvel exécutif sans couleur arrive dans l’Elysée. Qu’arrivera-t-il lors de ce quinquennat? Le prochain président fera t-il vraiment changer les choses ? Le rendez-vous est pris.


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